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Il y a un peu plus de 900 ans naissait une des plus grandes figures de l’histoire médiévale. Duchesse d’Aquitaine et comtesse de Poitiers, devenue reine de France puis d’Angleterre, Aliénor d’Aquitaine fascine par sa légende, son érudition et par ses combats politiques qui plantèrent, pour certains historiens, les graines de la guerre de cent ans.
Mais Aliénor est souvent aussi décrite comme une femme sombre, conspiratrice et séductrice, prête à tout pour arriver à ses fins. Il n’en est rien, ces idées proviennent de sources misogynes de son temps. Aliénor était au contraire instigatrice d’un vent d’art, de culture et de clairvoyance politique dans l’Europe du XIIème siècle.
« Ses contemporains l’ont identifiée à “l’aigle du pacte rompu” d’une obscure prophétie de Merlin, mais les nôtres n’hésitent pas à en faire une nymphomane … Cette légende, plus noire que dorée, mérite d’être ‘déconstruite’.«
Martin Aurell
La Duchesse

Aliénor nait en 1124 à Poitiers. Elle est la fille du duc Guillaume X et d’Aénor de Châtellerault. Le duché d’Aquitaine est alors un territoire puissant, riche, foisonnant de culture, d’art et de poésie.
Cet environnement fait d’Aliénor une enfant érudite et passionnée. Elle parle les deux langues du royaume (langue d’oc et langue d’oïl) ainsi que le latin et apprend également – probablement à l’abbaye de Fontevraud – la musique, la littérature ou encore l’équitation.
A la mort de son père en avril 1137, au cours de son pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle, Aliénor est alors âgée de 13 ans. Son frère aîné étant décédé, elle devient alors l’héritière légitime du duché d’Aquitaine, faisant d’elle une des femmes les plus puissantes de son temps.
Le duché couvre un large quart sud-est du territoire français et est plus prospère que le domaine royal.
Reine de France

En 1137, Aliénor épouse Louis VII le Jeune, fils de Louis VI le Gros. C’est un heureux calcul pour le royaume de France qui double alors son territoire… mais Aliénor en reste la seule héritière et l’Aquitaine n’est pas à proprement parler un territoire Français.
Malheureusement pour l’union, en plus de leur différence linguistique, les époux vont aussi subir une nette différence culturelle. Aliénor est habituée au faste de Poitiers, à la culture courtoise, aux fêtes somptueuses et aux troubadours. Louis VII en revanche est très pieux et austère. Il assiste aux messes vêtu d’une simple robe de Bure.
« Je pensais que j’étais mariée à un roi – maintenant je découvre que je suis mariée à un moine. »
Aliénor d’Aquitaine
La deuxième croisade
En 1146, le pape Eugène III appelle à une deuxième croisade après une avancée Seldjoukide. Louis VII et Aliénor partent alors en Terre Sainte, laissant le royaume sous la tutelle de l’Abbé Suger (Dont on aura l’occasion de parler !)
Leur union est déjà fragile au moment du départ et la tension lors de la croisade ne va pas arranger les choses. La croisade est un fiasco. Louis va en plus accuser sa femme d’être « trop proche » de son oncle Raymond de Poitiers – ce qui est faux. Ajoutons à cela l’absence d’héritier mâle… le couple se sépare dès leur retour, et Aliénor regagne son Aquitaine natale. Le mariage est alors annulé, officiellement pour cause de consanguinité.

Reine d’Angleterre
Huit semaines tout juste après l’annulation de ce mariage, Aliénor se remarie avec Henri II Plantagenêt, duc de Normandie, comte d’Anjou et surtout, futur roi d’Angleterre. Un choix politique qui va nettement profiter à Aliénor et à L’Angleterre… mais nettement moins au royaume de France qui se retrouve très affaibli.
Sur le plan personnel, Henri est de 10 ans le cadet d’Aliénor, il est bel homme, pratique l’exercice et surtout, il attache la même importance qu’elle à la culture. Louis VII est furieux de cette union, il veut attaquer la Normandie et revendiquer l’Aquitaine au nom de leur filles… mais de ce nouveau mariage va naitre Guillaume, un héritier mâle pour l’Aquitaine.
Installée en Angleterre, Aliénor va alors exercer le pouvoir en l’absence d’Henri II et gouverne avec justive et fermeté, comme par exemple lorsqu’elle ordonne la restitution de terres injustement confisquées à des moines.
Je vous ordonne de rechercher sans délai s’il en est ainsi et, si la chose s’affirme vraie, de faire rendre sans retard ces terres aux moines […]. Je ne veux pas souffrir qu’ils perdent injustement quoi que ce soit qui leur appartienne.
Elle joue aussi un rôle essentiel dans la diffusion de l’idéal de l’amour courtois, influençant la culture médiévale anglaise et peut-être même l’émergence de la légende arthurienne. À Poitiers, elle rassemble un cercle de troubadours et d’érudits, et des auteurs comme Benoît de Sainte-Maure la célèbrent pour sa beauté, sa noblesse et ses vertus, faisant d’elle une figure culturelle majeure de son temps.

La rebelle
Tout n’est pourtant pas si rose dans le royaume d’Angleterre. Henri prend de nombreuse maitresses, dont une qui inquiète particulièrement Aliénor : Rosemonde Clifford. Elle voit en elle une dangereuse rivale. La légende raconte qu’elle l’aurait même assassinée de ses mains… encore une fois, cette légende est fausse. Aliénor reste digne et s’éloigne d’Henri jusqu’à leur rupture, créant un profond conflit au sein même de la famille royale. Toutefois Henri et ses conseillers l’accusent de tous les maux, surtout celui de rébellion.
Elle est suivie dans cette « rébellion » par ses fils, Henri, Guillaume et surtout Richard Cœur de Lion. Blessé dans son ego, Henri la fait emprisonner en 1173 pour quinze longues années, à Chinon d’abord, puis à Salisbury. Elle n’en sortira qu’à la mort d’Henri en 1189.

La régence

Quand Richard, alors devenu roi d’Angleterre, part en croisade en 1190, il confie la régence à sa mère. Elle la tiendra jusqu’au retour de Richard. Elle va alors soutenir son deuxième fils, Jean sans Terre – le fameux Prince Jean de Robin des Bois – en froid avec Richard et mal apprécié du peuple, quand celui-ci tentera de prendre le pouvoir.
Elle réconciliera ses deux fils en 1194, et imposera Jean sur le trône en 1199, avant de se retirer.
Fontevraud

en 1200, Aliénor, alors âgée de 76 ans va finir ses jours à l’Abbaye Royale de Fontevraud. Elle meurt le 31 mars 1204 et est enterrée aux côtés de son fils Richard et de son ex-mari Henri II. On peut encore voir son gisant, un livre entre les mains, en visitant l’abbaye.
