Salut les Museonautes,
Aujourd’hui, on parle du chef d’œuvre de l’enluminure médiévale par excellence ! Les très riches heures du Duc de Berry sont exposées dans la salle du Jeu de Paume du Château de Chantilly jusqu’au moins d’octobre 2025. L’occasion de revenir sur cet ouvrage considéré comme la Joconde du Moyen Âge.
Un livre d’heures

Un livre d’heures, c’est à la fois un calendrier, un agenda, un recueil de prières destiné aux laïcs, une œuvre d’art et un objet de prestige.
Il permet à son propriétaire de suivre la liturgie des heures, en disant une prière aux heures des différentes offices, comme les nones, les laudes, les vêpres ou encore les complies.
De nombreux livres d’heures nous sont parvenus, comme ceux d’Anne de Bretagne ou Catherine de Clèves. Mais le plus célèbre – et le plus beau – d’entre eux est sans aucun doute, celui du duc de Berry.
Commandé en 1411 par Jean 1er du Berry aux frères Jean, Paul et Herman Limbourg, l’ouvrage ne sera achevé qu’en 1485, bien après la mort de Jean du Berry et même… des frères Limbourg, qui meurent tous de la peste en 1416 ! C’est Jean Colombe qui y apportera la touche finale, avec une possible – mais discutée – intervention de Barthélemy d’Eyck en 1440.
En 1856, il est retrouvé par le duc d’Aumale, un riche bibliophile qui va le conserver au Château de Chantilly, château duquel il ne sortira plus jamais. Vous pouvez encore voir l’exposition qui lui est dédiée jusqu’au mois d’octobre 2025.
Ses 206 feuillets de vélin sont illustrés de superbes scènes de la vie quotidienne, de scènes bibliques ou parfois de sujets plus variés, comme ce célèbre homme zodiacal.

Mais les folios les plus connus sont sans nul doute les 12 premiers, qui constituent un calendrier dont les illustrations sont un témoignage inestimable sur la vie paysanne et aristocratique au moyen âge.
Janvier

Pour débuter l’année, on se trouve ici en pleine festivités, dans une salle d’apparat. Le Duc de Berry est facilement reconnaissable à son manteau bleu et or et un bonnet de fourrure. Comme dans une bande dessinée, il dit aux membres de sa cour « approche, approche« , ceux-ci viennent en effet lui présenter hommages et étrennes pour célébrer la nouvelle année.
On notera à l’arrière plan une tapisserie qui semble raconter la guerre de Troie.
Février

Un rude hiver sévi pour ce mois de février. Nous sommes dans une ferme où une femme et deux jeunes gens semble se réchauffer … les … euh… disons, les jambes au coin du feu. Un homme à l’arrière plan, derrière les pigeonniers, coupe du bois de chauffage pour faire face à cet hiver.
Mars

Au mois de mars, il est temps de préparer les champs. Un paysan laboure ici sa terre avec un soc tiré par deux bœufs. A gauche, les vignerons taillent les vignes, à droite, un autre paysan cherche des graines à semer dans son sac. A l’arrière plan se dresse le château de Lusignan, dans le Poitou, propriété du duc de Berry reconnaissable au dragon volant au dessus de ses tours, et qui figure ici la fée Mélusine.
Avril

Avril est le temps de l’amour ! On voit ici les fiançailles de Jean 1er de Bourbon et de Marie du Berry, échangeant des anneaux devant deux témoins : le poète Charles d’Orléans et Bonne d’Armagnac. Derrière eux, des suivantes cueillent des fleurs. A l’arrière plan, on peut voir le Château de Dourdan (Parfois identifié comme le Château de Pierrefonds).
Mai

Le printemps s’installe, pour le premier mai, la tradition est d’aller en cavalcade ramasser des rameaux dans la forêt. Les nobles portent des collier et des couronnes faites de feuillages et les femmes portent de longues robes vertes. Au centre de l’image, en costume rouge noir et blanc, on retrouve Jean de Bourbon. A l’arrière plan, le Palais de la Cité domine le paysage.
Juin

Le mois de juin, c’est le temps de la fenaison. On fauche et on fait sécher l’herbe et le foin en meules, c’est ce qu’on appelle le fanage. Les faucheurs forment ici des andains, des rangées régulières d’herbe fauchée. Derrière eux on peut reconnaitre l’île de la Cité, à Paris, avec à droite, la Sainte-Chapelle.
Juillet

L’été est synonyme de moissons ! On voit ici deux paysans fauchant les blés et deux bergers qui tondent des moutons. La rivière séparant les deux parcelles est la Boivre se jetant dans le Clain. Nous sommes donc dans la Vienne, plus précisément à Poitiers, dont on peut voir l’ancien palais Comtal à l’arrière plan.
Août

On voit ici le duc de Berry partir à la chasse au faucon, occupation estivale très prisée des seigneurs. Il est précédé d’un fauconnier et accompagné de chiens de chasse. On voit derrière eux des personnages continuer les moissons ou se baigner dans une rivière (probablement le Juineteau ou la Juine). A l’arrière plan, le château d’Etampes que le duc à acquis en 1400.
Septembre

Septembre sonne l’heure des vendanges ! On voit les vignerons cueillir du raisin, le placer dans des huches ensuite chargées sur des ânes ou des bœufs. La scène se déroule dans une région très viticole puisque nous sommes en Anjou, plus précisément, à Saumur, dont le château est très reconnaissable même s’il est fortement idéalisé.
Octobre

Nous sommes de retour à Paris, devant le palais du Louvre. C’est le temps des semailles comme on peut le voir à l’avant plan. Un épouvantail déguisé en archer monte la garde pour éloigner les oiseaux, alors qu’un paysan passe la herse sur le champs pour enfoncer les graines semée par le personnage en bleu, profondément dans le sol.
Novembre

Novembre dans la forêt, c’est la saison de la glandée ! On fait tomber les glands des arbres pour nourrir et engraisser les porcs. Les porcs seront ensuite tués et salés, ce qui fera de quoi manger durant tout l’hiver.
Les paysans se hâtèrent de tuer leurs porcs et de les saler pour l’hiver, et les seigneurs abattirent leur bétail car les pâturages d’hiver ne permettaient pas de nourrir autant de têtes qu’en été.
Ken Follet – Les piliers de la Terre
Décembre

L’année se termine dans la forêt de Vincennes, devant le plus haut donjon d’Europe érigé par Charles V durant la guerre de cent ans. C’est une scène violente qui clos ce calendrier : Une curée, une mise à mort. Les chiens dépècent un sanglier alors qu’un chasseur sonne l’hallali.
L’influence
Les Très Riches Heures du duc de Berry a fortement influencé l’art qui lui a succédé, mais il a surtout influencé notre vision du moyen âge. S’il nous donne un précieux témoignage de la vie médiévale, celui-ci est en revanche très idéalisé et romancé. Ce point de vue sur la vie des XIV et XVème siècles reste un point de vue aristocratique, très éloigné de la réalité paysanne.
Son imagerie influence de nombreux artistes, y compris au XXème siècle. On peut citer parmi eux Jean Cocteau avec son adaptation de La Belle et La Bête, ou même Walt Disney et son Merlin l’enchanteur.

